Mon histoire Décoratrice et architecte d'intérieur en Nord-Isère
Avant de transformer des intérieurs, j'ai appris à regarder autrement.
Cette interview a été réalisée il y a quelques années. J'ai choisi de la partager parce qu'elle me ressemble toujours autant. Les années passent, mais les valeurs qui m'animent, ma façon de regarder les lieux et d'accompagner mes clients sont restées les mêmes.

"Certaines rencontres nous marquent. Celle-ci raconte le parcours d'une femme qui a appris à regarder les lieux bien avant d'en faire son métier."



Q : Qui es-tu, Carolyne ?
R : (Sourire.) En général, ce sont mes clients qui parlent. Moi, j'écoute. Alors parler de moi... c'est sûrement la question la plus difficile.
Je ne sais jamais vraiment quoi répondre. Je suis beaucoup plus à l'aise dans l'observation et l'écoute.
Alors... je vais essayer.
Je suis quelqu'un qui observe énormément, depuis toujours.
Quand j'entre dans un lieu, mon regard est presque toujours attiré par un détail auquel personne ne prête forcément attention. Comme une évidence, je vois ce qui pourrait révéler tout le potentiel d'un espace.
Je crois que je regarde les maisons comme je regarde les gens : avec curiosité, bienveillance... et beaucoup d'émotion.
Si un lieu ne me touche pas, je préfère refuser le projet. Je sais alors que je ne serai pas la bonne personne pour accompagner mes clients.
Avec le recul, je me dis que je n'ai jamais vraiment choisi ce métier. C'est lui qui m'a trouvée.



Q : Cette sensibilité, elle te vient d'où ?
R : Je crois que je l'ai toujours eue. Mais avec le recul, je me rends compte qu'elle s'est construite dans les coulisses de mon enfance.
Petite, je traînais partout… dans les ateliers, les cuisines, tous ces endroits où la magie opère. J'étais toujours dans les pattes de mes aïeuls. (Rires.) Mais j'adorais ça !
Je pouvais rester des heures à regarder ma grand-mère peindre la soie. Sous son pinceau, un simple tissu blanc se transformait peu à peu en une création unique. Je restais là, sans dire un mot, comme si le temps s'était arrêté.
Avec mon grand-père, c'était une autre magie. Celle des cuisines étoilées. J'observais les gestes s'enchaîner avec une précision incroyable. Tout allait vite… les casseroles, les assiettes, les regards… et pourtant, il régnait un calme presque étonnant.
Puis il y avait ma cousine, styliste haute couture. Les rouleaux de tissu, les croquis, les épingles… Je découvrais qu'un simple morceau de matière pouvait devenir une robe.
À l'époque, je ne savais pas que j'étais en train d'apprendre. Je savais seulement que j'étais heureuse d'être là.
Aujourd'hui, je comprends que ces moments ont façonné mon regard. Ils m'ont appris que derrière chaque belle création, il y a de la rigueur, de la patience… et cette petite étincelle qui ne s'explique pas vraiment.
Plus tard, une autre rencontre allait profondément me transformer (le regard ému) : celle des chevaux arabes. Une passion immense, une école de vie.J’ai été cavalière professionnelle et éleveuse pendant plus de 20 ans. Ce lien profond avec ces chevaux m’a appris la patience, l’humilité, l’écoute absolue.Le pur-sang arabe, c’est l’élégance à l’état brut : une puissance douce, un regard qui parle, une grâce inspirante. Même aujourd’hui, un galop au lever du jour suffit à réveiller une idée, une émotion, une palette de matières pour un projet d’aménagement ou d’identité visuelle.






Q : Que veux-tu que les gens ressentent dans leur nouvel intérieur ?
R : (silence et sourire) J'aimerais qu'ils ouvrent leur porte, que leurs épaules se relâchent et qu'ils enlèvent leurs chaussures sans même y penser. Qu'ils se jettent sur leur canapé, qu'ils respirent un grand coup... et qu'ils se disent simplement :« Qu'est-ce que je suis bien chez moi. »Pour moi, c'est ça, un projet réussi. Pas seulement un intérieur beau ou tendance. Un lieu dans lequel on a plaisir à vivre, à recevoir ceux que l'on aime... et tout simplement à être soi.
Q : As-tu un style en particulier ?
R : C'est une question que l'on me pose souvent...
Je n'ai pas de style en particulier, c'est le lieu qui me guide dans mes choix. Ce qui m'intéresse, ce n'est pas de reproduire un style. C'est de créer un intérieur dans lequel on est en harmonie avec les lieux Je peux être inspirée par une balade en forêt, une vieille porte en bois aperçue au détour d'une rue, une matière, une lumière ou simplement par une rencontre avec une personne. Pour ma part, l'inspiration est partout. Il suffit de garder les yeux et l'esprit ouverts.
Q : Pourquoi te choisir, toi, plutôt qu’une autre décoratrice d’intérieur ?
R : Je ne suis pas la décoratrice de tout le monde... et c'est très bien comme ça. C'est d'ailleurs une question à laquelle je ne suis jamais très à l'aise de répondre, parce que chaque décoratrice a sa personnalité, sa sensibilité et sa façon de travailler. Ce que je peux vous dire, c'est que je ne cherche pas à créer mon style. Je cherche à révéler le vôtre.
"Merci Carolyne d'avoir ouvert la porte de ton univers avec autant de simplicité et de sincérité, malgré tes réticences à parler de toi. Je repars touchée par cette belle rencontre.
En refermant cette conversation, je comprends mieux pourquoi tes clients ne parlent pas seulement d'une décoratrice d'intérieur. Ils parlent d'une personne qui prend soin de leur maison… comme des personnes qui y vivent"
